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Emploi : et si on innovait ?

Comment réconcilier l’offre et la demande ? Quelle solution entre une recherche d’emploi souvent longue d’un côté et la difficulté des entreprises à recruter de l’autre ? Lors du Forum du Développement Durable le 30 novembre 2017 à Illkirch, on a parlé solutions alternatives et innovantes pour booster emploi et employabilité. Récit d’une table ronde pleine d’idées.

Pia Imbs, maître de conférences à l’EM Strasbourg et membre d’Idée Alsace, anime le débat. À ses côtés, Thomas Loch, directeur général d’Alemploi, une SCIC qui accompagne les entreprises pour recruter sur les métiers en tension, Walter Mendes, gérant de Flashguards, jeune entreprise de traitement des nuisibles et Christophe Schmitt, cadre des Transports Heppner et président de Gebosse, association à but non lucratif qui met ses salariés à disposition des entreprises en temps partagé et sur des besoins spécifiques.

L’employabilité : une responsabilité commune

Au moment de démarrer l’atelier, la salle est bien remplie. Plutôt logique, l’emploi et l’employabilité sont des sujets essentiels, qui touchent à l’économie et à l’humain. Et sur lesquels on pense avoir tout dit, tout essayé. Vraiment ?

Avant de parler solutions, redéfinissons l’employabilité. Pour Pia Imbs, c’est « une responsabilité sociale partagée entre l’individu, l’entreprise et les acteurs publics ». L’individu d’abord, parce que son employabilité dépend de sa capacité à rester dans un emploi, s’adapter, évoluer et rebondir. À être ouvert pour atteindre et garder un bon niveau de compétences.

L’entreprise ensuite, parce que son rôle est d’accompagner les salariés dans la constitution de leur « portefeuille de compétences » et son évolution via les formations adéquates.

Enfin, les acteurs publics (l’éducation nationale, les Régions…) parce qu’ils financent la formation et sont là pour guider les étudiants vers les emplois disponibles.

Le paradoxe du métier manuel…

De prime abord, les règles semblent assez claires et cette fameuse employabilité à portée de mains. Eh bien, pas tant que ça à entendre nos témoins. Thomas Loch constate : « En Alsace, il y a près de 100 000 demandeurs emploi de catégorie A et les entreprises ont du mal à recruter, alors que l’activité est là. »

Les raisons de ce paradoxe ? Elles tiennent quelques mots : mauvaise image des métiers manuels et manque de main d’œuvre formée et qualifiée, comme une conséquence de cette mauvaise « réputation ». Soyons honnêtes, qui n’a pas entendu (ou dit) : « Comment ça, tu veux travailler dans le transport ou le BTP ? Mais tu as les capacités de faire d’autres études ! » Alors que ces métiers manuels demandent en réalité des connaissances de plus en plus techniques, du sérieux, le sens du relationnel, de bonnes capacités pour apprendre et s’adapter, etc. « Et qu’on peut très bien arriver comme chauffeur ou manutentionnaire et évoluer ensuite » souligne Christophe Schmitt. C’est pour ça qu’il est temps de faire de la formation une priorité pour les années à venir.

…et des partenariats prometteurs

C’est déjà la raison d’être d’Alemploi. Partant du besoin de l’entreprise, la SCIC forme les personnes pour qu’elles s’insèrent dans un emploi durable. Avec un vrai processus d’accompagnement, essentiel pour le succès de l’opération.

De l’autre côté, Walter Mendes et sa société Flashguards bénéficient du dispositif. Parce que non seulement le métier de dératiseur ne fait pas rêver (ah bon ?) mais en plus, il n’existe aucune formation, « le métier s’apprend sur le tas ». Pour attirer de futurs collaborateurs, il faut donc les former. Et donner une image différente du métier. Dans leur cas, avec un jeu vidéo où le dératiseur se mue en Super Héros et doit cumuler des points pour pouvoir passer un entretien. Pas étonnant que leur nombre de candidatures ait bondi !

Quant à Ge Bosse, leur partenariat avec Alemploi est essentiel pour faire connaître le travail en temps partagé et proposer une palette de métiers plus large qui réponde à la demande.

Des outils qui ne demandent qu’à servir

Toujours à propos de formation, pas besoin d’inventer des outils : ils existent déjà et ne demandent qu’à être valorisés.

L’apprentissage par exemple est un vrai contrat d’excellence. Pour l’étudiant, c’est un diplôme et de l’expérience professionnelle acquise. Pour l’entreprise, c’est une personne qui apprend et acquiert des compétences. Et l’apprentissage, ce n’est pas qu’un CAP ou un BEP, c’est aussi un BTS ou un Master.

Quant au contrat de professionnalisation, il permet de former en un temps très court au plus près des besoins de l’employeur. Soit de façon classique via un centre de formation qui donne un minimum d’expérience pour entrer en entreprise et y évoluer. Soit d’une autre manière comme chez Flashguards par exemple : les collaborateurs de l’entreprise assurent eux-mêmes les formations des nouveaux. Le nouveau salarié s’imprègne de la culture de l’entreprise et apprend plus vite. Et peut devenir formateur à son tour.

Faire bouger les mentalités

Vous voyez que des solutions existent pour booster l’emploi ! En fait, il suffit juste de faire évoluer les mentalités dans les écoles, les entreprises et la société. D’arrêter de nous focaliser sur le CV ou le diplôme pour privilégier le savoir-être. Car, ce qu’attendent les entreprises, ce sont des hommes et des femmes dont le travail va bien au-delà des connaissances techniques, qui s’impliquent et évoluent.

Quelque chose nous dit qu’avec des personnes comme nos témoins, de la volonté de part et d’autre et de nouvelles idées partagées, on devrait donner à bon coup de pouce à l’emploi.

Photographie par Bastien Dreyer

    Isabelle Oche

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