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Mettre la RSE au cœur des achats

Le 5 avril dernier, Idée Alsace avait convié ses adhérents à un partage d’expérience autour des achats et leur inscription dans la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE).

Des représentants des groupes Schmidt et Weleda, acteurs régionaux plutôt investis dans ce sujet phare des années à venir ont présenté leurs avancées et projets. Avec l’Afnor et le Conseil national des Achats Grand-Est, les intervenants ont aidé le public à y voir plus clair dans l’achat responsable et sa mise en place. L’Appel d’Être était présent pour récolter bonnes pratiques et partage d’expériences.

Achats et RSE : on se lance ?

Déjà, c’est quoi un achat responsable ? C’est un acheteur responsable qui achète un produit responsable à un fournisseur responsable. Mais encore ? Au-delà de ces bonnes intentions, comment fait-on concrètement ? Comment intégrer la notion de risque social, économique et environnemental dans l’acte d’achat ? Comment intégrer les achats dans la RSE ? Etc.

Autant de questions auxquelles les entreprises doivent répondre pour se lancer dans la démarche et se structurer. Et ce n’est pas rien quand on sait que les achats représentent en moyenne 60% du chiffre d’affaires d’une entreprise.

De g à d : Pascal Thomas, délégué régional Afnor et Michel Siaud, vice-président Conseil national des Achats Grand-Est

Une relation responsable avec son environnement

C’est dans les années 80 que la fonction Achats est reconnue et trouve sa place dans l’organisation, notamment dans le secteur automobile. Il s’agit alors de tendre les flux et de maîtriser les coûts. Puis la notion de management du risque arrive : on s’assure que les achats s’opèrent dans un cadre respectueux des règles juridiques, financières, monétaires, etc. Viendra ensuite l’impact sociétal de l’achat : empreinte carbone, travail local ou régional, comportement éthique… Il s’agit toujours de maîtriser, voire réduire les coûts, mais achats responsables et logique économique sont liés.

Acheter de la meilleure manière en tenant compte des risques et en apprenant

Pour le groupe Schmidt, acheter responsable est presque inscrit dans leurs gênes avec une Direction plutôt sensible à la RSE et un management des risques très présent. D’où une liste de projets et d’exemples conséquente : de l’outil anti-corruption déployé par Patrice Celerier pour pouvoir mettre en places des sourcing plus vertueux à la gestion de la notion de dépendance économique pilotée par Aurélie Klingelschmidt. « Ce sujet est traité de manière positive chez nous et nos partenaires ; tout réside dans la confiance qui s’installe quand on travaille ensemble. » dit-elle.

Pour Weleda aussi, la démarche a été plutôt naturelle. Elle a démarré au début des années 2000 avec une approche « 3P » pour people, planet, profit (note de l’auteur : les gens, la planète, le profit). Tout est dit : on juge la qualité aussi et d’abord sur le respect des gens et de l’environnement. Résultat : 83% de matière première produite en bio aujourd’hui contre 35% au démarrage.

Sur la question des achats en provenance de pays dits low cost en Asie ou en Europe de l’Est, la position du groupe Schmidt et de Weleda est très claire. Difficile de se passer de ces pays pour des raisons économiques mais acheter responsable impose de cadrer les relations. Cela passe par des visites régulières de l’acheteur, des outils de suivi de la qualité, de la transparence et du contrôle. Tout en essayant de limiter la part du sourcing dans ces pays « 10% de nos achats » annonce Patrice Celerier pour Schmidt et « d’acheter des plantes cultivées en France ou en Europe de l’Ouest pour réduire les risques et l’image négative » complète Pascal Baillie pour Weleda.

L’exigence plutôt que la pression

Comme pour tout achat, une certaine pression est exercée sur les fournisseurs. Mais nos intervenants préfèrent parler d’exigence, celle de la qualité via des relations gagnant-gagnant et des partenariats. Pour Weleda, l’engagement se fait sur le long terme. « Si on souhaite des amandes douces en bio, il faut attendre que ça pousse chez nos partenaires » sourit Pascal Baillie.
L’achat est à considérer de manière globale, sous plusieurs aspects : économique, sociétal, relationnel et environnemental. Les deux collaborateurs du groupe Schmidt s’accordent : « Les fournisseurs sont aussi des partenaires et avoir les bons c’est améliorer sa performance globale sur le long terme. Si nous payons les fournisseurs dans les délais par exemple, ils sont plus à même de nous accorder de bonnes conditions commerciales. »

D’ailleurs, le groupe Schmidt sollicite aussi ses fournisseurs sur leur vision de la relation entretenue avec le groupe, leur ressenti sur la politique d’achat. De ces évaluations découlent des actions d’amélioration.

De g à d : Pascal Baillie, membre du directoire Weleda, Aurélie Klingelschmidt, Responsables des Achats indirects Groupe Schmidt et Patrice Celerier, responsable des achats Groupe Schmidt

« L’acheteur est un vrai business partner »

Ce qui fait que l’acheteur est un peu plus qu’un acheteur : « c’est un business partner. Il est là pour fédérer les personnes et améliorer la performance globale de l’entreprise » dit Aurélie Klingelschmidt, très fière de participer à ce travail avec les partenaires extérieurs mais aussi avec les collaborateurs en interne, également mis à contribution.

Patrice Celerier revient sur les conditions de paiements. « Il y a quelques années, nous avons décidé que l’acheteur était responsable du bon paiement des factures des fournisseurs dont il a la charge. La traditionnelle phrase « Je vous passe la compta » a laissé place à une nouvelle mission : aider le fournisseur à être mieux payé. Dans ce contexte, les fournisseurs apportent plus facilement des idées pour de nouveaux produits. L’achat responsable devient générateur d’innovation et de business. »

Chez Weleda, le partenariat se traduit par des engagements sur des quantités, des préfinancements de récolte ou la traçabilité de la relation. Les consommateurs étant sensibles à la composition des produits, la maîtrise des approvisionnements est aussi importante pour l’image de l’entreprise.

Et pour ceux qui veulent se lancer dans une démarche d’achats responsables ?

Tous s’accordent pour dire qu’il faut démarrer par un état des lieux : que fait-on déjà de bien chez nous ? Car on ne part jamais de rien et l’écrire et le partager avec les équipes rassurera tout le monde, Direction comprise.

Pour Aurélie Klingelschmidt, il est important de s’assurer que la direction est impliquée. Cette démarche demande du temps et de l’énergie même si elle est structurante. « Quand on décide d’y aller, il faut une base (un référentiel), un cadre et une progression. Et puis, être curieux, se demander quel impact on peut avoir sur son territoire, remettre en question des pratiques et intégrer et accompagner les équipes en interne. Parce que c’est garantir la pérennité de son entreprise. »

Pascal Baillie approuve et poursuit : « Il faut un engagement total et une Direction exemplaire, aller au-delà des normes et des référentiels. »

En résumé, une bonne base, de la conviction et une chaîne de valeurs avec ses fournisseurs. Pour passer à l’étape suivante : des fournisseurs qui eux aussi achètent responsables. Et ainsi de suite…

Un grand merci aux intervenants pour leurs conseils et le partage de bonnes pratiques :

  • Pascal Baillie, membre du directoire Weleda
  • Patrice Celerier, responsable des achats Groupe Schmidt
  • Michel Siaud, vice-président Conseil national des Achats Grand-Est
  • Pascal Thomas, délégué régional Afnor
  • Aurélie Klingelschmidt, Responsables des Achats indirects Groupe Schmidt

    Isabelle Oche

    Sabrina Battaglia

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